
Concrete
Le brutalisme divise, et c’est précisément ce qui m’intéresse. Ces masses de béton brut, souvent décriées, offrent au photographe une matière rare : des volumes purs, des ombres franches, une géométrie qui ne cherche pas à plaire.
Cette série documente trois bâtiments d’un même quartier, construits dans les années soixante-dix. L’objectif n’était pas de les juger, mais de les regarder comme des sculptures — d’en extraire la beauté têtue que le temps et l’usure ont fini par leur donner.

La géométrie avant tout
L’architecture se photographie à l’heure où la lumière dessine les volumes sans les écraser. J’ai privilégié le milieu de journée, quand les ombres sont dures et découpent le béton en plans nets. Chaque cadrage cherche une tension entre pleins et vides.
Le béton ne ment pas : il montre exactement ce qu’il est, sans ornement.
Le grain de la matière est ici essentiel. De près, le béton révèle ses coulures, ses reprises, ses imperfections. Ce sont ces accidents qui humanisent des structures que l’on croit, à tort, froides et impersonnelles.

Le traitement en noir et blanc contrasté renforce l’abstraction. Privé de sa couleur grise réelle, le béton devient pur graphisme — une affaire de lignes, de masses et de lumière. C’est là que ces bâtiments mal-aimés deviennent, enfin, photogéniques.




